Le cycle Cinéma de Belgique du Nouveau Ciné-Club du Méliès (Villeneuve d’Ascq, Lille)

Le cycle Cinéma de Belgique du Nouveau Ciné-Club du Méliès (Villeneuve d’Ascq, Lille) a repris le 10 juin dernier avec une très belle séance autour de Home Sweet Home, de Benoit Lamy (1973), comédie post-68 contant la révolte de  pensionnaires d’une maison pour vieux, le film parfait pour saluer la fin de la fermeture des salles de cinéma et la sortie pour nous tous du confinement nocturne revendication de liberté, éloge de l’esprit de révolte, à la fois contre l’autoritarisme bureaucratique et le new-management, ode au « pouvoir des vieux » dans les maisons de retraite, critique de l’infantilisation par les couvre-feux, hommage au bistrot comme haut-lieu de la sociabilité populaire (tout cela, dans ce film !). 

La 9ème séance du cycle, jeudi 17 juin à 19 heures, regroupe en deux heures 6 films courts, de 4 auteurs 

(Luc de Heusch, Edmond Bernhard, Patrick Van Antwerpen, Karine de Villers), autant de portraits de Belgique.

Nouveau Ciné-Club

Cinéma Le Méliès, Villeneuve d’Ascq – Métro Ligne 1, Station Triolo

Cycle 2019-2020 : Cinéma de Belgique

Programmation et animation : Youcef Boudjémaï et Jacques Lemière

9ème séance – JEUDI 17 JUIN 2021, 19h

Programme (2h) de courts métrages, 1958-1990

LES GESTES DU REPAS, 1958, 22’, et 

LES AMIS DU PLAISIR, 1961, 28’ – N&B, de Luc de Heusch

DIMANCHE, 1963, 20’, N&B, d’Edmond Bernhard

LE BANC, 1971, 9’ – et L’AUTOBUS, 1973, 13’, couleur, de Patrick Van Antwerpen

JE SUIS VOTRE VOISIN, 1990, 21’, couleur, de Karine de Villers et Thomas de Thier

Luc de Heusch (1927-2012)

La pratique cinématographique de Luc de Heusch, anthropologue (il a étudié l’ethnologie à Paris en 1951-52 et est très tôt ami de Jean Rouch), commence en Afrique centrale (Fête chez les Hamba, 1954), après qu’il ait été assistant (1947-49) d’Henri Storck, et avant de faire revenir sa caméra sur la réalité belge : « Il m’enseigna une certaine éthique du cinéma en tant que témoin du réel (…). C’est grâce à lui que j’ai trouvé une issue cinématographique à deux passions, l’art et l’ethnologie » [cité par Jacqueline Aubenas, Dicdoc, 1999]. Car une autre veine de son inspiration cinématographique (outre son seul long-métrage, Jeudi on chantera comme dimanche, 1967), ce sont les films sur des peintres (Magritte, et Dotremont, Alechinsky, ses amis) de celui qui, jeune homme, fut lié aux activités du groupe COBRA (1948-1951).  (Nouveau Ciné-Club)

« Les Gestes du repas est le portrait caustique du belge qui mange : le rythme alimentaire, du marché à la table, de la fébrilité du snack à la solennité du banquet, comme révélateur des milieux sociaux. Plutôt que de chausser les lorgnons de l’universitaire, c’est le regard d’observateur narquois que le réalisateur a préféré porter sur nos conventions sociales dans ce document chaleureux où l’ethnosociologie est teintée d’ironie. Un ton semblable transparaît dans Les Amis du plaisir [« portrait affectueux d’une troupe de théâtre d’amateurs dans la commune rurale de Moulbaix », pour la Cinematek, avec le Fonds Henri Storck, DVD Luc de Heusch]. (…) Dans Les Gestes du repas et Les Amis du plaisir, la finesse du montage images-son conjugue intelligemment humour et respect des hommes que l’on filme. »

Revue Belge du Cinéma, « Itinéraires du Cinéma de Belgique », n°2, hiver 1982

Edmond Bernhard (1919-2001)

« Cinéaste passionné d’échecs et de philosophie, est un nom qui habite entièrement l’histoire du cinéma belge. Ancien professeur à l’Insas, cet homme raffiné, l’un des rares théoriciens du cinéma belge ayant pratiqué l’art, a marqué le cheminement de plusieurs générations de cinéastes, d’opérateurs et de monteurs par le questionnement ininterrompu de sa pensée.

Théoricien autant que praticien, il est l’auteur de La Thématique échiquéenne de Lolita [1985], analyse de l’adaptation par Kubrick du roman de Nabokov et d’une Apologie du Jazz [1945]. En tant que réalisateur, il se consacre à des œuvres empreintes de spiritualité catholique et de descriptions de rituels » (…). 

« Dimanche aurait dû être un film de commande sur le « problème » des loisirs. Mais en proche contemporain d’un Resnais de Marienbad ou d’un Meyer de la Fleur Maigre, Edmond Bernhard s’affranchit du thème imposé et transcende l’ennui ordinaire d’une grande ville (Bruxelles) pour suggérer la vacuité de l’existence. Une réussite majeure du cinéma belge, jalonnée des percussions de Fernand Schirren ».

https://www.avilafilm.be/fr/director/edmond-bernhard

« Edmond Bernhard constitue un cas singulier dans l’histoire du cinéma documentaire belge. En effet, alors qu’il a, comme beaucoup de cinéastes de la fin des années 50, travaillé à la commande, les films qu’il a réalisés dans ce contexte institutionnel, se révèlent des oeuvres éminemment subversives, tant par leur écriture que par leur contexte : elles s’apparentent par leur lyrisme, au documentaire poétique produit à la même époque en France (…). Face au talent qui est le sien, on peut regretter que sa carrière ait été si brève (au total, quatre documentaires et un film expérimental) » (…) « Dimanche, un film sur le thème des loisirs, combine des fragments d’espace et de durée que le spectateur identifie sans peine, tel lieu bien connu des Bruxellois (le Palais Royal, le Musée des Sciences Naturelles), telle activité rituelle des habitants de la ville le dimanche (jeux d’enfants dans les rues, promenades au bois de la Cambre). A partir de ces matériaux et de leur structuration se constitue une peinture du vide et de l’ennui. Le parti pris du film est manifeste, le choix des cadrages, les mouvements de la caméra résultent d’une visée : isoler les êtres, montrer la vacuité des espaces et créer une impression de statisme, d’immobilité mortelle. Cet essai lyrique démontre pleinement l’aptitude de Bernhard à confronter le spectateur à son vécu intime. Outre ses qualités esthétiques, c’est la force de ce cinéaste que de montrer de l’intérieur des aspects de la réalité sociale belge de l’après-guerre ».  

Geneviève Van Cauwenberge, dicdoc, le dictionnaire du documentaire, 191 réalisateurs de la Communauté française de Belgique Wallonie Bruxelles, 1999

Deux cinéastes invités (pour un film chacun, 4ème et 10ème séance du cycle, respectivement) dans ce cycle « Cinéma de Belgique » se prononcent ainsi sur Dimanche :

– Boris Lehman (Magnum Begynasium Brusselense, 1978) : « Sans le recours d’aucun commentaire, usant d’images extraordinaires sublimant des lieux communs (l’ennui du dimanche, des enfants qui jouent, un coureur dans un bois, un match de football…), Bernhard construit par un montage savant une œuvre exceptionnelle sur le sentiment du vide et de fossilisation du monde ».

Une Encyclopédie des cinémas de Belgique, Éditions Yellow Now, 1990

– Thierry Knauff (Wild Blue, Notes à quelques voix, 2000) : « Voir Dimanche (…), c’est passer d’un film “urbain” dont le silence est jalonné (et permis) par les percussions de Fernand Schirren à un autre univers porté par les sons d’un fleuve, d’une forêt et de la vie qui s’y déploie. Chacun à sa façon, permettant finalement, je l’espère, l’écoute d’une sorte de silence intérieur.

https://www.cinergie.be/actualites/vita-brevis-de-thierry-knauff

Patrick Van Antwerpen (1944-1990)

Patrick Van Antwerpen par lui-même : « Je suis plutôt un chercheur … qui cherche par moi-même et pour le public … à travers le cinéma … L’aspect drôle des choses m’attire beaucoup … La Belgique se prête bien à cela. Il y a une grande qualité d’humour ici … on le sent à travers l’Histoire … les événements dramatiques qui sont souvent vus de façon plaisante … »

http://fondshenristorck.be/autres/patrick-van-antwerpen/patrick-van-antwerpen-par-lui-meme/

Le Banc – « Il y a des gens qui ne vont jamais s’asseoir sur un banc public et il y a des gens qui vont parfois s’asseoir sur un banc public. Ce sont des gens très différents ; les uns marchent très vite, les autres arrivent, restent un moment et puis s’en vont. Ceux-ci m’ont particulièrement intéressé, surtout au moment où ils sont assis. Qu’est-ce qu’ils font ? Est-ce qu’ils parlent ? Qu’est-ce qu’ils disent ? Mon idée était de faire un court film sur cela, de montrer cinq personnes très différentes entre elles mais qui toutes pouvaient venir bavarder un moment sur un banc public ».

Patrick Van Antwerpen

L’Autobus  « C’est une histoire toute simple, tournée dans une calme rue bruxelloise. Des gens attendent l’autobus qui a du retard. Ils parlent, se font de petites confidences, traitent du temps et se donnent quelques conseils pratiques. En fait, ils ne se disent pas grand-chose. C’est la vie qui va, dans son inquiétante banalité, que nous montre Van Antwerpen. »

Luc Honorez, Le Soir, 1974

Karine de Villers

« Après ses études, Karine de Villers a abandonné le terrain des fouilles et de l’ethnologie* pour s’intéresser à un autre rituel : le cinéma avec son écran magique qui embaume le temps. Karine de Villers a un regard d’ethnologue. Elle s’intéresse à ses voisins et nous les fait découvrir avec toute leur étrangeté et leur proximité dans Je suis votre voisin (co-réalisé avec Thomas de Thier). 

Jean-Marie Vlaeminckx le dictionnaire du documentaire, 191 réalisateurs de la Communauté française de Belgique Wallonie Bruxelles, 1999

« Je suis votre voisin nous ramène au premier plan du cinéma des frères Lumière, « la sortie d’usine » – les ouvriers poussent la porte, sortent et viennent à notre rencontre. Ils créent du lien avec le spectateur. Ils s’emparent de la rue – prolongement de leur espace privé en faisant leur autoportrait devant la façade de leur maison. Sorte de co-présence – être avec – ensemble ».

Patrick Leboutte, professeur de cinéma à l’INSAS et critique de cinéma 

Elle a notamment étudié l’anthropologie à l’ULB où elle a eu comme professeur Luc de Heusch, à qui elle a consacré en 2007 un beau film biographique, Luc de Heusch, une pensée sauvage. Elle a développé une oeuvre (Place à St JosseLe Petit Château) qu’elle poursuit depuis 2010 dans des films co-réalisés avec le cinéaste italien Mario Brenta (Calle de la Pietà, 2010 – Agnus Dei, 2012 – Corpo a corpo, 2014 – Black Light, 2015 – Delta Park, 2016 – Le sourire du chat, 2018).  (Nouveau Ciné-Club)

Rappel des séances antérieures

Séance d’ouverture – Jeudi 26 septembre 2019, 20h, TABLEAU AVEC CHUTES, de Claudio Pazienza, 1997, 104′, couleur. En présence de Claudio Pazienza

2ème séance – Jeudi 24 octobre, 20h, MARCHIENNE DE VIE, de Richard Olivier, 1994, 58′ – MEMOIRES, de Jean-Jacques Andrien, 1984, 55′, couleur et N&B. En présence de Jean-Jacques Andrien

3ème séance – Jeudi 28 novembre, 20h, MISERE AU BORINAGE, de Joris Ivens et Henri Storck, 1933, N&B, 27’ ‘ RONDE DE NUIT, de Jean-Claude Riga, 1984, couleur, 53’ – En présence de Jean-Claude Riga

4ème séance – Jeudi 19 décembre, 20h, MAGNUM BEGYNASIUM BRUXELLENSE, de Boris Lehman, 1978, 145′, couleur et N&B. En présence de Boris Lehman

5ème séance – Jeudi 30 janvier 2020, 20h, Films de Paul Meyer (1920-2007), KLINKAART, 1957, 20’, N&B – DEJA S’ENVOLE LA FLEUR MAIGRE, 1960, 84’, N&B

6ème séance – Jeudi 20 février, 20h – L’HOMME AU CRÂNE RASE, film d’André Delvaux (1926-2002), 1966, 94’, N&B

7ème séance – Jeudi 24 septembre 2020, 20h – JEANNE DIELMAN, 23 QUAI DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES, film de Chantal Akerman (1950-2015), 1976, 200’, couleur 

8ème séance – Jeudi 10 juin 2021, 19h – HOME SWEET HOME, de Benoit Lamy (1945-2008), 1973, 91’, couleur

10ème et dernière séance du cycle

Jeudi 8 juillet – MORT A VIGNOLE, d’Olivier Smolders, 1998, 25′, N&B, et WILD BLUE, de Thierry Knauff, 2000, 68′, N&B 

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Prochain cycle, septembre 2021 – juin 2022

PAYSANS, PAYSAGES

Cap aux bords, rencontres de Ste-Livrade, aura bien lieu.

A vous toutes et tous, amis, compagnons de route, habitués de nos Rencontres, étudiants, 

Incroyable, mais vrai : initialement annulée, la 3ème édition de « Cap aux bords » aura bien lieu, du vendredi 11 septembre dès le matin au dimanche 13 tard le soir, au cinéma « l’Utopie », à Ste-Livrade-sur-Lot. La raison en est simple : beaucoup de ce qui nous a manqué ce printemps – l’appel du hors-champ, l’air du large, la rencontre et la palabre sous les platanes, le goût des autres – porte un nom : « cinéma », au sens où nous l’entendons depuis longtemps, comme un art de raccorder bouts des uns et bouts des autres, une façon de recoudre et suturer ce que l’époque et les circonstances disjoignent. Aucun de nous ne sort indemne de ces mois d’épreuves et rien ne dit qu’ils ne se prolongeront pas. Le besoin de nous retrouver est grand, de voir ensemble, de parler, de faire le point sur nos pratiques (de spectateurs, de filmeurs). Ces Rencontres, il nous fallait les tenir pour que perdurent les relations de travail et d’amitié qu’au fil des ans elles ont forgées. Nous le faisons en connaissance de cause, confiants dans notre capacité collective à prendre soin les uns des autres et respectueux de ce que la situation du moment nous réclamera de faire, forts du bon sens de chacun et conscients que rarement circonstances historiques n’auront à ce point justifié l’existence d’un rendez-vous comme le nôtre, même en version plus courte (mais 3 jours tout de même, ce n’est pas rien). 

Un séminaire et une mini-rétrospective de films majeurs issus de quelques pays d’Afrique noire aborderont la nécessaire question de la décolonisation des regards comme une étape essentielle vers la sortie de toutes les formes de domination. Nous réfléchirons par ailleurs aux perspectives qu’offrent au cinéma indépendant les essais poétiques, politiques ou burlesques initiés pendant le confinement par la chaîne Pneumatic Cinéma. Et surtout nous n’oublierons pas d’être avant tout dans la vie, entraînés par la douce folie de Bruno Bouchard, tenancier d’un curieux bar à malice tous les soirs, et les très sérieuses loufoqueries de l’artiste David Legrand dont la performance du samedi soir pourrait bien enfiévrer cette édition résistante. 

Vous l’avez bien compris, il s’agira d’une édition fragile et conçue dans l’urgence, autrement dit plus sauvage, ce qui personnellement me convient bien, nous rappelant nos débuts, il y a 8 ans, à Laignes, en Bourgogne. Mais sur le fond, rien ne change : il y aura bien une navette pour vous accueillir en gare d’Agen et des repas collectifs, en plein air, midi et soir, sur inscription. Et comme l’an passé, le camping sera gratuit, avec toutes les commodités, mais simplement il faudra espacer nos tentes – « Cap aux Bords » ne sera ni Woodstock ni l’île de Wright, mais tout de même un sacré beau lieu. Par ailleurs, sachez que la plupart de nos bénévoles et quelques-uns de nos invités ont désormais plus de 60 ans, moi y compris. Raison pour laquelle je vous demanderai de respecter les mesures d’usage. Nous ne le ferons pas pour obéir aux ordres, mais tout simplement pour protéger ceux que l’on aime et qui nous aident. 

Pour toute info pratique, rendez-vous sur le site www.capauxbords.com où le programme complet sera détaillé dans les prochains jours. Et pour d’autres précisions (sur les films, nos invités, les événements, les séminaires) régulièrement sur notre page FaceBook : « Rencontres cinématographiques en Lot-et-Garonne : Cap aux bords ». Vous trouverez en pièce jointe des textes vous prévenant clairement de ce qui vous pend au nez : ça va être bien. Vous pouvez aussi m’écrire. 

Se retrouver sera un beau défi. Nous sommes vivants.

Avec toute mon amitié.

Patrick Leboutte. 

PS : Le nombre de places étant limité pour les raisons que vous savez, il est recommandé de s’inscrire via le bulletin disponible sur le site des Rencontres. 

https://www.capauxbords.com/

PS2 : Si vous le pouvez, faites passer le message.